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Dans les coulisses de la Nuit Blanche des Chercheur·es
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Le 16 janvier 2026false false
Depuis 2017, des dizaines de chercheur·es, d’artistes, de technicien·nes, d’étudiant·es et de partenaires ont participé à la construction de cette soirée singulière où la recherche se raconte autrement. En dix ans, la Nuit Blanche des Chercheur·es a accueilli plus de 20 000 personnes, proposé une centaine de conférences, de mini-conférences, mobilisé 1 250 intervenants… Un évènement hors normes, et une vraie réussite, sur lesquels reviennent sept acteurs clefs de ce rendez-vous incontournable.
Comment est née cette idée d’une Nuit Blanche des Chercheur·es ?
Patricia Lemarchand : « La toute première édition en 2017 était un projet émanant de la Structure fédérative de recherche - SFR - Santé. Nous avions choisi pour thème la recherche en santé et en biologie et nous nous sommes appuyés sur les laboratoires de recherche et les plateformes technologiques de la SFR pour constituer un programme, grâce à une sollicitation tous azimuts des personnels. Comme le pari était de rencontrer un public relativement jeune, nous avons contacté Stereolux. L’équipe a rapidement accepté et nous a beaucoup aidé sur la partie logistique notamment. Nous visions 300 à 400 personnes et nous avons été content·es de compter plus de 800 personnes dès la première édition ! L’idée était que si l’évènement était un succès, il pourrait être repris par l’université et le thème changé chaque année. C’est effectivement ce qui s’est passé.
Selon vous, qu’est ce qui fait la force et la singularité de cet évènement ?
Olivier Grasset : « La Nuit Blanche des Chercheur·es, c’est avant tout une rencontre entre les spécialistes passionnés et des non-spécialistes curieux des sciences, dans un esprit de partage. Son originalité repose sur la diversité des formats proposés dans la programmation, et leur association à des propositions artistiques. Tout cela explique pourquoi, dix ans après, l’événement continue de s’imposer comme une référence.
Sophie Martin : « La singularité de la Nuit Blanche des Chercheur·es se fonde sur la rencontre possible entre les chercheur·es et le public, dans un cadre convivial et accessible. Le fait que l’évènement soit gratuit et ouvert permet à toutes et tous de vivre la science en direct.
Laurent Deces : « C’est un évènement à la fois pointu et populaire, qui fait sortir la recherche de l’université et répond à une demande croissante de vulgarisation des savoirs.
Mathilde Lagarde : « L’une des grandes forces de la Nuit Blanche des Chercheur·es réside dans la diversité des formats proposés. Ateliers favorisant l’interactivité et la manipulation, science-dating pour des rencontres en toute intimité, propositions arts-sciences invitant à prendre du recul et à questionner la recherche autrement, conférences et mini-conférences pour découvrir les enjeux de la recherche actuelle : difficile de ne pas y trouver son compte !
Laurent Devisme : « La Nuit Blanche des Chercheur·es est une véritable butte-témoin d’un travail plus patient et quotidien, qui vise à immerger toujours davantage les sciences dans les questions posées par la société. Cette intensification consiste à éclairer les pratiques scientifiques et les sujets de recherche, pour inviter chacune et chacun à prolonger l’esprit de cette nuit-journée dans la vie ordinaire.
Comment se passe l’accompagnement des intervenant.es dans leur préparation ?
Yann Pellegrin : « Un accompagnement est proposé à l’ensemble des porteur.es de projet en tenant compte de leur expérience en médiation scientifique. Si certain·es chercheur·es sont à l’aise avec la prise de parole en public, d’autres ont parfois besoin d’un soutien plus rapproché. Nous relisons leurs contenus en amont, écoutons leurs interventions et répondons à leurs questions. L’objectif est de leur permettre d’aborder sereinement l’exercice de la rencontre avec le public.
Mathilde Lagarde : « La plupart des rencontres proposées lors de l’évènement reposent sur l’interactivité et des échanges directs avec le public. Pour cela, une chargée de médiation scientifique accompagne chaque intervenant·e en amont, en décembre et en janvier. Elle se place alors dans la posture du futur public lors de sessions de test, pour affiner les formats et les discours. L’objectif est de garantir des contenus à la fois clairs, justes et précis. L’exercice n’est pas si simple !
Une anecdote, un souvenir marquant à nous partager ?
Olivier Grasset : « Mon souvenir le plus marquant est sans doute lié à une maladresse de ma part, lorsque je me suis prononcé un peu trop vite sur la question du design de l’affiche, en 2019. J’ai appris à prendre du recul et à mettre de côté mes impressions personnelles sur ce sujet. Et finalement l’affichage du / de la cosmonaute en grand format sur l'amphithéâtre de Kernéis reste un très beau souvenir ! Il a donné à l’événement une visibilité exceptionnelle dans la ville… C’est ce qu’il mérite.
Laurent Deces : « La rencontre, en 2021, entre l’artiste NSDOS et Damien Eveillard, enseignant-chercheur en bioinformatique à Nantes Université. Ils ont échangé pendant des heures, ils ont refait le monde jusqu’au bout de la nuit. De cette rencontre est née une collaboration qui se poursuit encore aujourd’hui. C’est une curiosité réciproque vis-à-vis de leurs travaux qui a permis cette collaboration.
Yann Pellegrin : « J’ai commencé à participer à la Nuit Blanche des Chercheur·es en animant un science-dating au sujet de l’effet photovoltaïque. Une jeune femme et sa mère se sont assises en face de moi : la fille curieuse et souriante, la mère totalement désintéressée, me lançant un regard glacial et demandant de « faire vite ». Ce défi illustre précisément le rôle du médiateur scientifique : susciter l’intérêt à partir d’un sujet a priori peu séduisant, sortir de sa zone de confort… Et c’est curieusement agréable !
Laurent Devisme : « Il y a bien sûr la queue devant Stereolux ou encore la Halle 6 en mode ruche ! Deux souvenirs plus précis de l’édition 2025 : la conférence « Paranoïa sur grand écran : la psychiatrie au cinéma » lors de laquelle nous mesurons avec Anne Sauvaget, responsable scientifique de l’édition 2025, l’intérêt de coupler histoire culturelle et approche clinique. Et puis l’atelier « Trouve ta voie : rétrospective urbaine de Nantes » où je retrouve mon doctorant Jean Favreau embarqué dans la médiation scientifique de sa thèse, heureux des transmissions qu’il suscite.
Mathilde Lagarde: « Lors de l’édition 2023 sur la thématique « Vibrations », j’ai eu la chance d’accompagner deux doctorant.es en droit, Maëlys Vacher et Gabriel Guibert-Peroni, dans la création de leur atelier et de leur intervention auprès des scolaires. Au-delà du plaisir de cette rencontre, j’ai pu observer leur progression dans le partage des sciences : après l’évènement, ils ont multiplié les actions de médiations auprès des jeunes et impliqué d’autres doctorant·es. L’évènement a été pour eux un vrai tremplin, et un bingo pour mon métier.
Sophie Martin : "Difficile de choisir un seul souvenir… Mais l’édition 2021 reste sans doute la plus improbable : une Nuit Blanche des Chercheur·es consacrée à « l’imprévu », en pleine période Covid, organisée entièrement en ligne. Les intervenants étaient au rendez-vous, sur scène, dans une salle vide de public. C’était un plaisir d’être ensemble malgré tout, et une fierté d’avoir réussi à maintenir cette édition – 100% imprévue – dans ces conditions ! Et il avait même neigé ce 11 février !
Rendez-vous le 12 février prochain pour la 10ème édition : en savoir plus sur la programmation.
La Nuit Blanche des Chercheur.es
Chaque année, une thématique différente est mise à l’honneur. Des sujets aussi divers que la santé, la ville, le dépassement des limites, les images, l’imprévu, les frontières, les vibrations ou encore les sens ont été abordés.